L’épicerie zéro déchet aux mille idées

Trentenaire bien décidée à faire avancer le monde dans le bon sens, Johanna Le Mau a créé il y a quelques années la toute première épicerie nantaise zéro déchet : Ô Bocal. Depuis, elle y distille bons produits et bons conseils, souvent en circuit court et toujours avec entrain.

L’épicerie zéro déchet aux mille idées

Racontez-nous votre parcours ...

Je viens d’avoir 30 ans et j’ai créé Ô Bocal suite à la succession de pleins de petits déclics à la fois personnels et professionnels. Il y a 6 ans, j’ai réalisé que je ne m’épanouissais pas dans mon travail, que je n’étais plus phase avec mes aspirations personnelles. J’ai cherché à mettre du sens dans ma vie en m’engageant dans différentes associations, dont Disco Soupe qui lutte contre le gaspillage alimentaire. 

Petit à petit, je me suis rapprochée du mode de vie zéro déchet et j’y ai découvert le principe des 5 R : Refuse, Reduce, Reuse, Recycle, Rot (Refuser, Réduire, Réutiliser, Recycler et composter en français) créé par Béa Johnson. Ça répondait à un agacement constant chez moi : j’en avais marre de jeter les poubelles. Après avoir commencer à composter mes épluchures, je me suis rendue compte que le gros de mes déchets, c’était des emballages. 

Comment est née l’idée d’Ô Bocal ? 

C’est fou de se dire qu’on passe parfois plus de temps à déballer et jeter des plastiques - qui ne contiennent pas forcément de bonnes choses en plus - qu’à manger et à y prendre du plaisir. Alors que pour moi, la nourriture c’est essentiel ! J’ai grandi à côté de Saint-Brieuc, on avait un potager, on ramassait les haricots pour en faire des conserves, mon père allait à la pêche... il y avait donc une vraie conscience du goût et des produits, mais ces habitudes ont totalement disparu quand j’ai emménagé à Nantes. Je crois que cette expérience parle à beaucoup de gens et explique pourquoi nous sommes si nombreux aujourd’hui à vouloir reprendre la main sur notre consommation. Avec une amie, également membre de Disco Soupe, on était persuadées que le vrac était l’une des réponses à ce problème. Sauf qu’à l’époque, les magasins sans emballage étaient rares : il en existait deux en France, dont un à Bordeaux. Nous avons décidé d’aller voir comment cela se passait là-bas, puis avons poursuivi nos recherches en Allemagne. 

Quand avez-vous lancé le projet ?  

En 2014, l’idée de créer une épicerie zéro déchet dans le centre-ville de Nantes est née. Au départ, on souhaitait également créer un salon de thé qui servirait de lieu d’échanges pour mettre en avant toutes les valeurs qui gravitent autour de cette mouvance, comme le faire soi-même par exemple. Mais évidemment en 2014, c’était encore un secteur niche, donc on s’est heurtées à plusieurs contraintes. Ce n’était pas évident de trouver des fonds, ni un lieu suffisamment grand pour héberger à la fois l’épicerie et le salon. Quand nous avons enfin trouvé un espace, nous avons donc privilégié l’épicerie. 

On a ouvert en 2016 et construit notre réseau petit à petit. L’épicerie est certifiée bio et on travaille avec 130 producteurs, dont plus de 80 sont en local et le plus souvent en direct. En quatre ans on a beaucoup grandi et cette année on a déménagé ! L’épicerie s’est agrandit avec une surface de vente deux fois plus grande et on a transformé l’ancienne adresse en Droguerie.  Si on proposait déjà des ustensiles comme les pailles, les bocaux, les gourdes, les brosses à dents etc. dans notre première boutique, la démocratisation du mode de vie zéro déchet nous permet aujourd’hui de toucher plus de monde.  Le vrac convainc de plus en plus de consommateurs et de fabricants ; nous allons pouvoir mettre en avant plus de gammes et de produits ! 

Était-ce facile de mettre en place un tel projet ? 

On a dû un peu batailler ! Mais de toute façon, l’entreprenariat c’est comme ça : c’est un ascenseur émotionnel. Il faut se concentrer sur les succès et la solidarité. Nous, par exemple, pour trouver de nouveaux producteurs, on s’appuie sur notre réseau. Ils nous parlent de voisins, d’amis qui font du bon travail, ils s’échangent les méthodes etc.  En fait, on optimise tout, ensemble. Pour moi, ces boucles alimentaires qui s’appuient sur les acteurs locaux en bio et de saison, c’est l’avenir de l’alimentation !

On le voit d’ailleurs au nombre grandissant de reconversions professionnelles dans ce secteur. On a tous de plus en plus envie de mettre du sens dans ce que l’on fait, de retrouver du lien entre les hommes et les produits.

Comment l’initiative a-t-elle été reçue localement ?

Quand on a commencé, on voyait surtout des convaincus du zéro déchet franchir notre porte. Mais petit à petit, on a vu les gens du quartier arriver, parce qu’on était la seule alternative aux chaînes & commerces alimentaires du centre-ville. Et puis, notre démarche et la simplicité des gestes de l’anti gaspi a attiré de nouveaux curieux. On a aussi l’avantage de proposer pleins de produits qui peuvent venir en complément des marchés de producteurs. On trouve de tout ici, les produits de bases pour tous les domaines de la maison : alimentaire ou non. On simplifie énormément les courses et on s’adapte aux besoins de nos clients ! Nous sommes un vrai commerce de proximité, et portons beaucoup de valeurs. Par exemple nous sommes aussi à l’initiative d’un composteur de quartier !

Vous organisez également des ateliers, dans quel but ? 

Je suis adhérente Slow Food, donc le bon, le propre et le juste, ça me tient à cœur ! Je trouve cela essentiel de réunir tout le monde autour de la table pour penser l’alimentation de demain, ensemble. Du coup un mois sur deux, on organise des rencontres entre les producteurs et les clients, on fait des dégustations, on discute. On essaie aussi de faire des sorties à la ferme deux ou trois fois par an. Et les autres mois, on propose des ateliers pratiques autour du zéro déchet pour apprendre et partager les techniques, trucs & astuces ! 

Qu’est-ce qui vous surprend le plus ?

De plus en plus de gens adoptent ce mode de vie et le font savoir sur les réseaux sociaux ; c’est un geste puissant. On se dit waouh je ne suis pas seule dans ma démarche et puis cela véhicule une vision du zéro déchet qui n’est pas un retour en arrière, mais juste du bon sens, avec ses solutions et ses recettes.

Et votre plus grande fierté ? 

De voir que le mode de vie, pour lequel on nous regardait parfois un peu étrangement, est maintenant compris, adopté et prôné par des gens du monde entier.

Même les touristes étrangers connaissent Ô Bocal et viennent faire leurs courses pendant leurs vacances à Nantes. Je suis également très fière d’avoir reçu le Prix Entrepreneure de Talent Catégorie Jeunesse & le prix Ecovisionnaires catégorie Entrepreneure. 

Des références à recommander pour qui voudrait se lancer ? 

La bible pour moi c’est le livre de Béa Johnson : Zero Waste Home. Un autre gros coup de cœur ce sont les ouvrages de la Famille Zéro Déchet : ils proposent des contenus pour les parents et pour les enfants. Et je recommande également de suivre deux bloggeuses : @Luizzati, qui a fait un tour du monde zéro déchet et @lilyfairly bloggeuse zero waste féministe ! 

Et un souvenir en bocal ? 

De la farine de sarrasin. Pour trois raisons : c’est un clin d’œil à mes origines bretonnes, c’est l’un des produits que je trouvais vraiment cool d’acheter en vrac dans mon bocal. Et puis je me souviens encore de la première vente de farine ici. C’est mon combo nostalgique du bocal !