Moins de gaspillage potager, plus d’insertion professionnelle

Certaines idées, d’une simplicité folle, peuvent avoir un grand impact. C’est le cas avec Le Bocal Local, une initiative qui a germé dans la tête de Stéphanie Dartigue après un événement personnel qui l’empêchait de récolter les fruits de son jardin. Quelques mois plus tard, elle lançait une association, avec pour objectif de lutter contre les gaspillages “potagers”, et de permettre aux personnes éloignées de l’emploi de retrouver une activité professionnelle et du lien social. Interview :

Moins de gaspillage potager, plus d’insertion professionnelle

Qu’est-ce que Le Bocal Local ? 

Le Bocal Local est une structure d’insertion professionnelle, avec des activités supports tournées vers l’alimentaire, qui favorisent l’accès à des fruits et légumes de qualité au plus grand nombre. Notre première mission c’est la redistribution des denrées auprès d’associations solidaires locales. Et pour ce faire, on s’appuie sur une activité de glanage : on se rend chez des particuliers mais aussi des producteurs, des maraîchers et des grossistes pour récolter les surplus de production potagère et fruitière.

On a aussi lancé le ©Potaginage - n’essayez pas de caser ce mot au scrabble, c’est une marque qu’on a déposée - qui se distingue du jardinage et du maraîchage car il s’agit avant tout de la création et de l’animation d’espaces potagers ouverts au plus grand nombre. 

Quand et comment a débuté votre histoire ?

Comme bon nombre de projets atypiques, l’idée est née suite à une situation personnelle un peu bloquante. Il y a quelques années, avec ma famille nous nous sommes retrouvés dans l’incapacité de récolter les brugnons de notre jardin. Cela m’attristait de les voir pourrir comme ça, alors qu’ils pourraient profiter à d’autres personnes dans le besoin. Je me suis rendue compte que je n’étais sûrement pas la seule avec cette problématique là et qu’on pouvait peut-être envisager un projet de solidarité territoriale autour de cela. Donc la petite graine a germé. À l’époque je travaillais déjà dans le secteur social, j’ai donc parlé du projet autour de moi, qui a séduit. En 2013, sur la simple base de l’idée, je suis devenue lauréatedu trophée Agenda 21 du département de Gironde, ce qui m’a donné de l’élan pour vraiment entreprendre les démarches.

Bocal Local : Moins de gaspillage potager, plus d’insertion professionnelle !Comment cela a-t-il évolué au fil des ans ?

Au tout début, on faisait du porte-à-porte. Les gens étaient parfois surpris lorsqu’on présentait notre démarche, mais les portails nous étaient presque toujours ouverts ! Cela nous a permis de récolter, la première année, près de 10 tonnes de fruits et légumes, dont 20% étaient issus de 20 familles du coin ! On collabore également avec des producteurs maraîchers et grossistes, heureux de contribuer à la lutte contre le gaspillage et à la redistribution auprès d’associations et d’épiceries solidaires locales. 

Aujourd’hui, on se concentre essentiellement sur 5-6 tonnes annuelles parce que notre première préoccupation c’est la réinsertion professionnelle. D’où la diversification de nos activités : le glanage étant saisonnier et basé sur le don, nous souhaitions pouvoir proposer de l’emploi, des compétences toute l’année à travers d’autres missions comme le ©Potaginage. 

Vous êtes combien à travailler au Bocal Local ?

Aujourd’hui nous sommes 7 et nous allons bientôt passer à 9. Nous ne sommes pas dans une dynamique tentaculaire, on avance petit à petit en essayant de consolider notre modèle économique. Le ©Potaginage nous permet de faire cela. On collabore toute l’année avec les communes, les écoles, les établissements comme les crèches et les EPHAD autour des savoir-faire potagers. On met en place des potagers en permaculture, on propose des animations pour rendre cela accessible au plus grand nombre. Il y a une volonté de sensibilisation mais aussi de transmission, on travaille le lien intergénérationnel et le développement durable avec plusieurs cordes mobilisables pour toute la société : compost, recyclage, etc. On montre que l’intérêt c’est d’étudier son écosystème et de faire avec.

En parallèle on a développé d’autres activités comme le T.R.A.C.E, Tremplin vers une Régie Agricole Communale Evolutive. On accompagne les collectivités autour des questions de restauration collective, de maraîchage local, etc. 

On a aussi en tête un projet de conserverie, qui nous permettra de transformer les surplus, leur donner une plus longue vie et collaborer avec les épiceries solidaires. 

Qu’est-ce qui vous a le plus fasciné dans cette aventure ?

La réaction des gens qui n’imaginent pas au départ l’impact qu’ils peuvent avoir en s’ouvrant aux autres. Ce lien à l’autre, que ce soit au niveau des donateurs ou au niveau des jardiniers, est extrêmement enrichissant et montre que chacun peut agir au quotidien pour tous, simplement en changeant son regard. 

Que ce soit au niveau du glanage ou de la mise en place des potagers, tout se fait facilement, alors que d’une certaine manière on entre dans la sphère intime. Mais on réalise que la bienveillance est bien là, à tous les niveaux. 

Est-ce que vous avec un mantra pour surmonter tous les obstacles ?

Vous connaissez ce proverbe : « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » ?  Nous on dirait plutôt : « ensemble on va ailleurs ». Sortir des sentiers battus nous motive au quotidien.  Il faut être à l’écoute des autres, ne pas être dans la culpabilisation mais dans la sensibilisation. Exemple avec les jeunes et la Junk Food, on n’est pas là pour leur taper sur les doigts. S’ils ont envie d’en manger on leur dit allez-y, faites-vous plaisir, mais venez nous voir ensuite, car on aura aussi de très bonnes choses pour vous. La notion de plaisir est une richesse et doit soutenir notre accompagnement. 

Bocal Local : Moins de gaspillage potager, plus d’insertion professionnelle !

Des conseils à donner à qui voudrait se lancer dans une aventure similaire ? 

Faire preuve de pugnacité et d’adaptabilité. On est sur un grand huit permanent, il faut être convaincu et convaincant, notre message est qu’on on ne fait pas une révolution on revient juste à du bon sens ! 

Un souvenir en bocal ? 

Notre toute première recette de confiture de bananes à la vanille et au rhum ! On a eu un don de bananes absolument énorme suite à un refus de livraison : on en a reversé la majorité aux associations, mais il nous en restait toujours 20 kg. On a donc remonté nos manches, pris nos confituriers Le Parfait, nos grosses marmites, et on s’est lancé ! On en a encore et elle est délicieuse.