Photographe culinaire engagée

Adepte de nourritures vertueuses, autrice de clichés sensibles et lumineux, Anne-Claire Héraud s’illustre depuis quelques années dans la photographie et le stylisme culinaire. Sa discrétion et le regard doux, qu’elle pose sur les acteurs d’une alimentation plus juste, en font l’une des photographes les plus talentueuses de sa génération. À l’occasion des 90 ans de notre marque, nous lui avons demandé de capturer 8 initiatives qui vont dans le sens du mieux manger et du mieux vivre ensemble. Le résultat nous a tellement plu que nous avons souhaité en apprendre plus sur son travail de photographe engagée. Rencontre en 8 questions.

Photographe culinaire engagée

Qu’est-ce qui vous a attiré dans la photographie culinaire ? 

Je suis arrivée à la photographie par la nourriture ! Après une formation en architecture d’intérieur, j’ai entamé un cursus en design culinaire à l’Ecole Duperré. Si j’ai toujours été gourmande, je n’ai pas eu, à proprement parler, d’éducation culinaire ; mais je viens d’une famille nombreuse où les repas, pris tous ensemble, étaient très importants. Je pense que c’est cette notion de partage qui m’a d’abord entraînée vers ce domaine. 

Qu’est-ce qui vous a le plus séduit dans ce cursus ? 

J’aimais le côté manuel et créatif du design culinaire qui, je crois, manquait à ma formation en architecte d’intérieur, beaucoup plus technique. 

Envisagée d’un point de vue créatif, la nourriture est un matériau extraordinaire : il y a une infinité de textures, de couleurs, d’odeurs et le tout est mangeable ! C’est d’ailleurs cette matière, et les gestes qui l’accompagnent, que j’aime photographier. Je trouve ce travail d’artisan autour des goûts, des textures etc. visuellement très beau. Le shooting à La Laiterie de Paris, chez Pierre Coulon en est un bel exemple : le mélange de la confiture et du yaourt, c’est très graphique et très vivant ! 

Est-ce que vous avez un fétiche culinaire, une petite madeleine de Proust ? 

Un fétiche à proprement parler non. Ce qui est drôle c’est que ce sont les odeurs qui me semblent hyper fortes émotionnellement. On a, par exemple, ce gâteau d’anniversaire qu’on fait dans la famille, qui est un gâteau un peu bizarre au chocolat et à la fleur d’oranger : soit on aime soit on déteste. Et lorsque que je retrouve ce mélange de saveurs, ça me ramène nécessairement à cela. 

Vous avez pour volonté, à travers votre travail de photographe, de mettre en avant les acteurs et les initiatives en faveur d’une alimentation juste. Pourquoi ce parti pris ?

Quand j’ai commencé en tant que photographe et styliste pour des marques et des entreprises, je sentais bien que quelque chose me gênait. Au fur et à mesure, j’ai compris que j’avais besoin de mettre plus de sens dans mes collaborations, de travailler autour de projets auxquels je croyais. Aujourd’hui je suis ravie d’avoir choisi cet angle là - plus engagé - parce que je trouve cela plus épanouissant de mettre en avant des gens qui travaillent avec conviction. C’est un métier qui m’entraîne sur la route, pas forcément loin, à la rencontre de gens passionnants. J’y apprends toujours de nouvelles choses, ce n’est pas du tout monotone et c’est humainement très riche. 

Anne-Claire Héraud, photographe culinaire engagée

Quel est votre processus créatif ?

Mon travail est très spontané ! Je bosse avec la lumière naturelle, j’essaie de me faire discrète et d’être mobile, pour ne pas déranger les gens. J’aime retranscrire la réalité. C’est pour cela que le travail de reportage me plait énormément je crois : le journaliste qui pose ses questions détourne l’attention, le sujet n’est pas en confrontation avec l’objectif donc la dynamique est plus douce, elle laisse place à l’intimité. L’essentiel pour moi c’est qu’il y ait une certaine bienveillance qui émane des photos. 

D’après-vous, de quoi le futur de nos assiettes est-il fait ?

La grosse question c’est de savoir quel sera l’impact de la période que nous vivons. Va t’elle provoquer une plus grande prise de conscience de la population vis-à-vis de ce qu’on mange ? Je l’espère. On a vu plein d’initiatives solidaires se monter : de mon côté, avec des amis, on a par exemple lancé Le Marché Vert (NDLR : une carte collaborative pour identifier les circuits courts près de chez vous) qu’on aimerait bien voir se pérenniser. Bien sûr, c’est important de garder en tête qu’il faut penser cela de manière accessible. On n’est pas tous dans les mêmes situations. La bienveillance doit être une priorité et il faut mettre en place des discours et des actions qui incluent toute la société et qui accompagnent le plus grand nombre dans la prise de conscience citoyenne. 

Est-ce que vous êtes une fan de conserves ? Est-ce que vous avez une recette chouchou ? 

Cela m’intéresse et tous les ans je me dis que je vais me lancer, mais je n’ai pas encore franchi le cap.  Et quand j’essaie, par exemple avec la folie du levain en cette période, je n’y arrive pas , mais je ne désespère pas non plus d’y parvenir ! Donc je ne suis pas une pro en la matière et j’ai tendance à  me dire que d’autres le font très bien. J’ai une copine par exemple qui a fait un tuto pour faire des citrons confits, et sur le coup je me suis dit, attendre un mois c’est trop long. Sauf qu’en fait, si je l’avais fait à ce moment, je les aurais maintenant mes citrons confits donc ça me donne envie de m’y mettre ! 

Anne-Claire Héraud, photographe culinaire engagée

Un souvenir en bocal ? 

Mon utilisation des bocaux se concentre plus sur la préservation des denrées alimentaires et du vrac. J’ai un vrai penchant pour la déco - je voulais d’ailleurs être décoratrice à l’origine - et les bocaux pour moi c’est ça aussi : ce coté pratique et apaisant d’avoir toute sa nourriture à vue d’œil !